« Bio » Robert Johnson

Lorsque je préparais ce film, voici les éléments que j’avais compilés pour me fondre dans les légendes. Certaines sources sont citées, d’autres non. Par oubli. A l’époque je me fichais pas mal des droits d’auteurs. Pardon à tous ceux qui sont pillés ici, c’est pour la bonne cause : le BLUES.

Si la chance vous sourit, vous pourrez peut-être un jour aller déposer un mediator sur une des trois tombes de RJ ? Bonne lecture …

J.D.

1- CROSSROADS

C’est un bluesman qui en rencontre un autre qui n’a qu’une chaussure aux pieds
le premier, étonné, demande à l’autre: « que se passe-t-il, tu as perdu une chaussure? »
Et l’autre de répondre: « non, je n’en ai trouvé qu’une… »

question: Que se passe t’il quand vous passer un disque de blues a l’envers ?
réponse: Votre femme revient, votre chien ressuscite et vous sortez de tôle.

Robert Johnson a-t-il vendu son âme au Diable ?

« Si vous voulez apprendre comment faire des chansons vous-même, allez à un crossroads. Assurez vous d’arriver là juste un peu avant minuit.
Jouez un morceau avec votre guitare. Un grand homme noir s’approchera et prendra votre guitare. Il l’accordera. Ensuite il jouera un morceau et vous la rendra.
C’est la façon que j’ai apprise pour jouer tout ce que je veux. »
Tommy Lee Johnson.

Voici la légende de Robert Johnson : les gens disent du jeune RJ qu’étant ridiculisé par Son House à un joint juke local Robert Johnson a disparu pour peu de temps et quand il est revenu, son génie a fleuri avec sa guitare. Julio Finn a écrit un livre intitulé : le Bluesman l’Héritage Musical d’Hommes Noirs et Femmes dans les Amériques ». Le Finlandais ajoute le facteur de vaudou à l’équation, « Il est douteux que Johnson ait pu écrire les paroles de ses chansons sans avoir été initié aux cultes vaudous. le symbolisme impliqué dans ces paroles est extrèmement complexe et d’une nature trés improbable à être inventé ».

Avec le vaudou, le Finlandais fournit une idée intuitive du psychisme de Johnson et sa sensibilité artistique. Le crossroads est une place chargée de superstitions et d’histoires. Dans le passé, avant les routes pavées et les automobiles, les gens voyagaient sur des chemins de terre battue par le désert et les bayous à cheval ou à pied. L’allure du voyage était généralement lente et causait souvent une errance de l’esprit dans les arbres et la végétation. Les voyageurs étaient beaucoup plus vulnérables. Et lorsque l’obscurité tombe les superstitions et les histoires de mal dévorent leur conscience. Beaucoup de pays comme les pays européens, l’Inde, la Grèce et le Japon, aussi bien que les Indiens américains, croient  aux superstitions et aux contes populaires des croisements de routes.

À ces intersections se trouvent démons, fantômes et fées. C’est un lieu de sépulture pour des suicidés, les meurtriers et un lieu d’enfouissement pour des parricides. Le crossroads est le rendez-vous des sorcières pour leurs rituels Sabbat. On a offert des sacrifices aux Dieux pour protéger du mal qui s’est caché ici.

Legba est une déité d’escroc et une déesse des entrées sur les croisements de route. Elle fait partie des systèmes de croyance des Noirs et des créoles. Au Brésil, à Trinidad, à Cuba le culte vaudou de la Haïti et la Nouvelle Orléans est très présent encore aujourd’hui.

Legba ouvre la voie aux Dieux pour posséder leurs adorateurs. Les chansons de Johnson étaient chantées pendant les rites vaudou à la Nouvelle Orléans. Dans le monde catholique il est souvent associé au diable. Quand Robert Johnson a fait sa revendication de rencontre avec le diable, il se référait à Legba.

Le premier instrument de Robert Johnson était l’harmonica. À son adolescence il a commencé à jouer de la guitare. En 1930 il a vu le blues comme un moyen de modifier sa modeste condition sociale d’ouvrier agricole.
La musique lui offrait l’excitation et le voyage. Etre un bluesman lui donnerait le droit de prendre l’errance, de vivre  une existence facile. Ses premières influences étaient Son House et son accompagnateur Willie Brown. Il les observaient jouer la nuit dans des tripots. Ses yeux allaient d’une guitare à l’autre. Son House se rappelle quand ils sont allés à l’extérieur faire une pause, RJ avait pris une des guitares et commençait à jouer : les gens devenaient fous tellement Robert Johnson jouait mal, il leur cassait les oreilles. Son House se mit à hurler sur le jeune homme : « … Tu ne pourras jamais rien en sortir de bon, arrête et va donc jouer de l’harmonica !  »

Mais il refuse et s’enfuit.

L’argument du Finlandais pour le vaudou devient plus fort à ce point dans la vie de Johnson. La jeune femme de Johnson est morte pendant l’accouchement. Le Finlandais voit cela comme un catalyseur qui pousse Johnson à une introspection, une tentative de prendre le contrôle de sa vie : « Confronté à cette crise, le jeune homme cherche le moyen de transformer sa vie, en changeant la vie elle-même en une oeuvre d’art. Désillusionné par la réalité du monde blanc imposé à lui, il se tourne vers la magie et les pouvoirs surnaturels.
Ayant compris que la musique était une sorte de magie, il s’adresse à un sorcier vaudou. Au fond du bayou, il a cherché à maîtriser l’énergie de son corps en la dirigeant vers sa guitare.

Nombreux sont ceux dans le Grand Sud Américain qui pensent que le Blues est une ramification du vaudou, une version américanisée de la religion Africaine.
Le Finlandais soutient l’idée que JR était obsédé, possédé par la mort : « Ses chansons sont les lamentations d’une âme hypersensible qui tente de résister à la brutalité de l’existence.

Car Johnson était un génie créateur. Il se croyait poursuivit par les forces du mal alors qu’elles étaient en lui. Qu’il ait fait un pacte au Crossroads, cela est possible, il a certainement supplié les démons des marais pour que l’homme noir vienne accorder sa guitare et lui donner le feu diabolique.

Son style, débordant de créativité a engendré de grands artistes et des révolutionnaires sociaux. Johnson a vu le Blues « tombant comme le salut ».
Le vaudou, la religion apportée en Amériques sur les bateaux d’esclave, a donné aux noirs une chance de rattrapper la société Chrétienne blanche, lancée dans sa course à la réussite.

Robert Johnson a connu la malédiction du Crossroads. Le pacte réalisé à la croisée des chemins par le grand homme noir lui a tout apporté, mais un jour il a fallut payer. Lorsqu’il a été suffisemment célèbre et riche, le diable s’est emparé de Robert Johnson et de son âme.

2- La 30 ème chanson

La chanson perdue: il existerait un 30ème titre de Robert Johnson, légende ou réalité??
Deux hypothèses différentes existent concernant cette chanson « disparue ».
1ère hypothèse: Robert Johnson a écrit « Mr Down Child » mais est mort avant d’avoir pu l’enregistrer. C’est son « beau-fils » Robert Jr Lockwood
qui a enregistré ce titre, prétendant que Robert Johnson le lui a appris. C’est tout à fait possible, car on sait que Robert Johnson aimait bien Robert Jr Lockwood et lui a transmis une partie de son savoir. Et Robert Jr ne peut être accusé d’essayer de récupérer un peu du prestige de Robert Johnson: il a son propre style de guitare (en fait assez éloigné de celui de RJ), et ça l’énerve plutôt quand on lui parle trop de RJ (« un seul Robert m’intéresse… votre serviteur… »). On ne voit donc pas pourquoi il aurait inventé le fait que « Mr Down Child » a été écrit par RJ, surtout à une époque où celui-ci n’était pas revenu « à la mode ».
2ème hypothèse: c’est au contraire le premier enregistrement de Robert Johnson qui a disparu.
RJ, encore inconnu en 1936, a en effet été auditionné chez H.C. Speir qui possédait un magasin de musique à Jackson, et était réputé pour avoir travaillé avec la plupart des talents du « delta blues » (tels Charley patton, Son House, Skip James, etc), et pour les avoir fait enregistrer. La soeur de RJ (en fait sa demi-soeur, Carrie Thompson) prétend qu’il a alors enregistré un 78 tours (« Terraplane blues » et un autre titre inconnu) qu’il lui a offert. Malheureusement elle a jeté le disque à la poubelle quand il fut usé! Cette version est tout à fait plausible, car Speir avait souvent l’habitude de faire desenregistrements « d’essai ».
Conclusion:
Il ne faut jamais jeter un vieux 78 tours sous prétexte qu’il est usé…
Plus sérieusement, je pense que les 2 hypothèses sont réelles: pourquoi donc Robert Jr Lockwood et Miss Carrie Thompson auraient donc inventé ces histoires??? « Mr Down Child » est donc bien un titre de Robert Johnson (dont nous n’entendrons jamais la version), et il existe bien
une autre version de « Terraplane Blues » et un autre titre inconnu sur un 78 tours. Un exemplaire de ce 78 tours existe peut-être au fond d’une
malle, dans un grenier, quelquepart aux alentours de Greenwood ou d’une autre ville du Mississippi….

3- Les 2 tombes

Les tombes de Robert Johnson

Robert Johnson est la seule personne à ma connaissance à posséder deux tombes. Quelle est la bonne ? mystère… un de plus autour de ce musicien de légende dont la vie et la mort sont déjà parsemées d’énigmes.
Les 2 sites, distants d’environ 5 miles sont très proches du lieu du juke-joint où il aurait été empoisonné: le « Three Fork » entre Quito et Morgan city. Le fameux juke-joint n’existe plus aujourd’hui mais il en existerait une . Attention, il n’y a aucune indication sur place pour trouver les deux sites qui sont en pleine cambrousse. Pour ceux qui veulent s’y rendre, bon courage! et ne vous attendez pas à y rencontrer des cars de touristes.

Certains considèrent que le fait qu’il ait été enterré plus ou moins au bord de la Highway 7 (c’est le cas des deux sites) est une réponse à la chanson « Me and the devil blues »:
« You may bury my body down the highway side / So my old evil spirit can catch a greyhound bus and ride ».

En arrivant à Morgan City en venant d’Itta Bena et Quito (direction Nord -Sud), il faut prendre une petite route qui va vers la gauche. Après une centaine de mètres, on trouve la Mount Zion Baptist Church et la tombe de Robert Johnson.
L’imposant monument fut payé par Columbia Record. On peut y lire la liste des 29 titres officiellement enregistrés par Robert Johnson ainsi qu’une rapide biographie.

Pour information, le texte écrit sur le monoment:
ROBERT JOHNSON « king of the delta blues singers » his music struck a chord that continues to resonate. His blues addressed generations he would never know and made poetry of his visions and fears. Born in Hazlehurst, Copiah county. The recording career and brief transit of Robert Johnson left an enormous legacy to american music. Preserved for the ages by the colombia recording company, the body of his work is considered to be among the most powerful of its kind. A haunting and lyrical portrait of the human spirit.
Quand j’y suis passé, j’ai malheureusement constaté que le médaillon avait disparu, vraisemblablement volé.

Carnet de route Los Angeles-New York (26). Ancien correspondant de l’Humanité aux Etats-Unis, Thomas  Cantaloube a traversé d’ouest en est le continent. 11 000 km de route entre les quartiers latinos de Los  Angeles et les gratte-ciel de la Grosse Pomme.
La tombe du bluesman mystérieux, guitariste de légende, est soigneusement planquée quelque part dans le  delta du Mississippi.
 » I don’t care where you bury my body when I’m dead and gone, You may bury my body down by the highway side, So my old spirit can get a Greyhound bus and ride.  »
Me and the Devil Blues, Robert Johnson (1).
Les petites boules blanches dans les champs et le long des routes ne trompent pas. Nous sommes en plein territoire du coton. En ce mois de novembre, les prémices de l’hiver se font sentir dans le delta du Mississippi et les plaines alentour demeurent couleur de terre retournée sous un ciel désespérément gris.
Les noms des villages sur les petites routes que j’emprunte me font penser à des titres de chansons de blues :
Eden, Midnight, Silver City, Louise… Autosuggestion ? Mon objectif de la journée est en effet de trouver la tombe de Robert Johnson, l’inventeur du blues moderne, le créateur de Sweet Home Chicago, Cross Road Blues, Love in Vain et autres standards, le musicien qui, selon la légende, conclut un pacte faustien avec le Diable, avant de mourir à vingt-sept ans au cour de l’Etat qui l’a vu naître. Le delta du Mississippi, n’est pas techniquement un delta, mais une plaine d’alluvions dont la fertilité des terres évoque celle du Nil (d’où le nom, empruntée à l’Egypte ancienne, de la ville de Memphis, un peu plus au nord).
Au siècle dernier, quand le coton valait de l’or – et les esclaves moins que rien – le Mississippi était l’un des cinq Etats les plus riches de l’Union. Depuis la fin de la guerre civile, il est devenu le plus pauvre. Et le delta, la région la plus pauvre de l’Etat. Un bout d’Amérique qu’on ne voit pas dans les séries télé… Après l’abolition, un
grand nombre d’anciens esclaves se sont installés sur ces terres pour continuer à cultiver le coton, toujours sous la tutelle de propriétaires blancs, mais en échange d’une partie de la récolte. Maigre progrès.
C’est dans les bals du samedi soir, dans les villes des cultivateurs, qu’est né le delta blues : des chansons plaintives où la musique et la voix se répondent. Ce sont ses initiateurs, Charley Patton ou Son House,
bluesmen itinérants, qui virent surgir de nulle part, au milieu des années trente, un jeune homme qui chantait le blues comme personne et jouait diaboliquement bien de la guitare. Pendant quelques années, ce dernier
écuma les bals et les bars du delta, montant parfois plus au nord jusqu’à Chicago, au hasard des trains de marchandises et des voitures de passage. Robert Johnson était ce personnage énigmatique (2), qui séduisait
les femmes, inquiétait les hommes et composait ses propres chansons, qui ne narraient pas seulement la dureté de la vie dans les champs de coton et la difficulté d’aimer mais lorgnaient souvent vers les métaphores
et les images bibliques. Après avoir enregistré près de trente chansons, Robert Johnson fut empoisonné en 1938 par un mari jaloux
dans un bouge du delta, à Greenwood, six miles au nord de Quito, où il est enterré. Son irruption soudaine, son charisme incroyable, ses chansons torturées et sa mort subite donnèrent vie à une légende tenace, colportée par les autres bluesmen : en échange de son talent unique, Robert Johnson aurait livré son âme au Diable. De
lui, il ne reste plus aujourd’hui qu’une tombe perdue et quelques chansons reprises par d’autres (les Rolling Stones ou Eric Clapton, pour ne citer que les plus célèbres). Il demeure toutefois la figure majeure de la naissance du blues et d’une certaine vie dans le delta du Mississippi.

J’entame ma quête en arrivant à Tchula, petite bourgade perdue au milieu des champs de coton. La pauvreté
des lieux saute aux yeux : les voitures sont rafistolées, les maisons et les mobile homes tiennent à peine debout, et l’inscription  » City Hall  » sur la mairie, petit bâtiment quelconque en pierres blanches, a été peinte à la main. Je m’oriente au jugé, à la recherche d’un raccourci qui figure sur ma carte pour rallier Quito. J’emprunte
une route qui part dans la direction souhaitée et commence à rouler à travers les champs de coton. Les misérables cahutes se succèdent les unes après les autres. Puis surgit une très grande bâtisse blanche avec des colonnes, entourée d’une pelouse verte et d’une grille en fer forgé. Aucun doute, il s’agit de la maison d’un planteur. Nous sommes encore loin de la magnificence baroque d’Autant en emporte le vent, surtout que la
construction semble récente, mais le style ne trompe pas. Isolé le long des champs, l’édifice transpire la prétention. Finalement entre la demeure du planteur et les logements des ouvriers noirs, peu de choses ont changé depuis le siècle dernier. Ou une chose, alors : ces derniers n’ont plus de chaînes aux pieds…
La route se poursuit et le goudron disparaît peu à peu, pour céder la place à un sentier de terre et à quelques nids de poule. Je me suis perdu. Comme il n’y a personne aux alentours pour m’aider à retrouver mon chemin, je continue d’avancer à l’instinct au travers des champs de coton. Au bout de quarante-cinq minutes, j’ai effectué une grande boucle qui me ramène à Tchula. Je m’arrête sur ce qui ressemble à la place du village et
demande mon chemin à un gros Noir qui fabrique des beignets bien gras dans une cahute en tôle. Il met plein de bonne volonté pour m’expliquer le chemin de Quito, mais, bien qu’il ait rassemblé la moitié du village autour de lui, ses renseignements restent confus. Chacun y va de son avis sur la direction à prendre, mais il devient vite évident que nul ne sait où se trouve vraiment Quito. Je remercie néanmoins tout le monde et regagne ma
voiture. Deux jeunes filles regardent mon véhicule avec circonspection et s’étonnent de ma plaque d’immatriculation californienne. L’une me demande d’où je viens. Je réponds : de Los Angeles. Elle ouvre en grand la bouche et pousse un soupir admiratif. Le rêve hollywoodien, toujours. Je reprends le volant, décidé ce coup-ci à suivre les routes indiquées sur ma carte.
Evidemment, j’ai raté Quito. Aucun panneau sur le bord de la route. · un moment j’ai croisé un hameau, sans deviner qu’il s’agissait de la ville recherchée. Au bout de 7 miles, je comprends mon erreur et fais demi-tour
pour revenir sur mes pas. Décidément, trouver la tombe de Robert Johnson nécessite de prendre son temps et
de bien fouiller les environs. Peut-être avait-il conclu son pacte avec le Diable afin de disparaître proprement et ne pas être retrouvé… ?
Je reviens à Quito – mais est-ce bien Quito ? Aucun signe ne l’indique, personne ne traîne dans les rues en cette journée pluvieuse. Des mobile homes, quelques baraques en bois, une station-service abandonnée, des engins agricoles. Sous la pluie qui ne cesse de tomber, pas une seule âme n’est présente pour me renseigner.
Une route en goudron sort illico du bourg. J’opte donc pour un chemin de terre semblant se diriger vers quelques maisons. Au moment où je crois sortir à nouveau du rassemblement de maisons, j’aperçois des tombes sur ma droite. Serait-ce un cimetière, le Cimetière ? Un vague bâtiment en préfabriqué pourrait bien tenir lieu d’église. Pas de nom sur la  » chapelle « . Je me promène parmi la petite centaine de tombes dispersées sur la pelouse. J’erre au hasard des plus cossues. Impossible de parcourir méthodiquement les
rangées. Il n’y en a pas. Alors que je m’apprête à rebrousser chemin en me disant que non, ce n’est décidément pas le bon cimetière, mon regard accroche une stèle posée à même le sol :  » Robert Johnson
(1911-1938). Resting in the Blues « . Une guitare est gravée dessus. Quelques pièces de monnaie jonchent la tombe. Je jette un quarter dessus et repars sous le crachin, heureux d’avoir rendu hommage à l’inventeur du
blues moderne dans ce petit coin de terre, perdu au milieu de nulle part.

Thomas Cantaloube
(1)  » Je me moque de savoir où tu enterreras mon corps quand je serai mort, Tu peux l’enterrer sur le bord de la route, Afin que mon vieil esprit puisse prendre un bus et filer.  »
(2) Seules deux photos existent de lui et son histoire ne fut partiellement connue que des années plus tard, par les témoignages oraux de personnes qui le croisèrent à l’époque.

5 – La guitare perdue

Qui a volé la guitare de Robert Johnson ?
Date: Dimanche 23 Janvier 2000
De: Uncle Lee <latailla@club-internet.fr>
A La Gazette De Greenwood, on connaît les bonnes ficelles du marketing. Ainsi, ce titre accrocheur est-il un petit chef d’oeuvre de la marketerie, puisqu’il aura certainement pour effet d’attirer les foules avides de Savoir. Et c’est là qu’est tout le génie de notre webzine: cet article ne donnera pas la réponse!

D’abord, quelle guitare?
Sur la seule photo certifiée de Robert Johnson avec une guitare, on reconnaît sans problème qu’il s’agit d’une Gibson. Plus précisément, il s’agit d’une Gibson L-1. Ce n’est donc pas une boîte à cigares bricolée, ni une guitare bon marché (même si le prix des Gibson n’atteignait pas les sommets actuels), ce qui prouve en passant que le succès naissant de Johnson lui avait permis de s’offrir une belle guitare. Une Gibson L-1. Alors, qu’est devenue cette guitare?

Une certaine Mary Johnson a raconté en 1941 à Alan Lomax qu’elle avait recueilli les dernières paroles de son fils agonisant au 107 Young Street (Greenwood, Mississippi): « Maman! Je n’attendais que toi. Tiens, prends cette guitare et accroche-la au mur, j’en ai fini avec tout ça. C’est elle qui m’a foutu en l’air, maman. T’avais raison, c’est l’instrument du Diable et je n’en veux plus. »
Cette histoire est bien sûr complètement fausse, et ce dés la base puisque Mary Johnson n’est absolument pas la mère de Robert Johnson! Cette anecdote montre toutefois que la légende de Robert Johnson était déjà assez répandue pour que des inconnu(e)s essaient de tirer partie d’une relation inventée de toute pièce. Mais Robert Johnson lui-même était coutumier du fait, puisqu’il se faisait parfois passé pour Lonnie Johnson, bluesman beaucoup plus célèbre que lui à l’époque!

On sait depuis que la mère de Johnson était Julia Ann Major qui habitait alors Memphis et n’apprit la mort tragique de son fils que plusieurs jours après, par téléphone… Apprenant cela, elle a envoyé son petit-fils Louis Thompson chercher le seul bien de Robert, sa guitare, pour qu’il la ramène et la donne au frère du bluesman: Charles Leroy Johnson, lui-même joueur de blues dont nous n’avons malheureusement aucun enregistrement. Il existerait une photo (détenue par Mack McCormick) de Charles Leroy tenant entre ses mains la guitare de son frère. Peut-être en aura-t’on la preuve le jour tant attendu où McCormick se décidera enfin à publier da mystérieuse « biographie d’un fantôme », fruit de l’enquête interminable qu’il mène sur Robert Johnson.
La guitare a ensuite disparu, jusqu’à ce qu’en 1940 Robert Jr Lockwood qui jouait dans Handy Park à Memphis rencontre un inconnu qui l’invite chez lui pour voir quelque chose qui devait l’intéresser. C’était la guitare de Robert Johnson! Robert Jr en joua un long moment et la rendit à l’inconnu, et il ne les revit jamais… ni l’homme ni la guitare.

Ce ne fut qu’au début des années 1990 que réapparut la guitare de Robert Johnson, entre les mains du guitariste du célèbre groupe « Coyote Springs »….
Murmure de la foule: « ouaouh… qu’est-ce qu’ils racontent dans la Gazette de Greenwood??? »
La Gazette de Greenwood: « Si… c’est vrai, on l’a lu dans le livre Indian Blues de Sherman Alexie ».
D’ailleurs ce roman nous dévoile toute la vérité: Robert Johnson n’est pas mort!
Voulant rompre son contrat avec le diable (l’échange de son âme contre le don de la guitare) il a seulement simulé sa mort et s’est enfui sous un faux nom. †a c’est un scoop! Pour couper tout lien avec le fameux pacte, il a brûlé son instrument. Mais la guitare est réapparue. Alors il l’a enterrée, noyée, abandonnée, mais à chaque fois elle réapparaissait et continuait à lui rappeler qu’on ne déchire pas ainsi un contrat avec le Diable. Errant pendant des années, toujours hanté, le seul moyen de se débarrasser de la guitare fut de le donner à un indien un peu paumé qui rêvait de devenir une star du rock’n’roll. L’instrument causera la perte des Coyote Springs, et on sait aujourd’hui que Robert Johnson coule des jours heureux chez une vieille indienne qui l’a désensorcelé en lui offrant un harmonica taillé dans du cèdre.
En tout cas, méfiez-vous si un jour on vous propose de jouer sur « LA » guitare de Robert Johnson: elle brûle les mains, et vous risquez d’y perdre votre âme.

Bibliographie:
La Route du Blues (David Ausseil, Charles-Henry Contamine, 1995)
Searching For Robert Johnson (Peter Guralnik, 1990, 1998)
Indian Blues (Sherman Alexie, 1995,1999)

Histoire du Blues
Naissance, fixation, diffusion
Ce texte a été réalisé par Philippe Sauret à l’occasion d’une soirée thématique organisée par Travel In Blues. Il a récemment été diffusé sur la liste LGDG@onelist.com (mailing-list associée à La Gazette de Greenwood: abonnez-vous!) et synthétise si bien l’histoire de la musique du diable que, avec l’accord de son auteur, il nous a semblé intéressant de le retranscrire intégralement dans La Gazette De Greenwood.

De: Philippe Sauret
Le Blues.
En anglais blues veut dire bleu. Il signifie également cafard, mal être, mal de vivre, sans doute d’après l’expression blue-devils, ces diables bleus qui, disaient on, provoquaient ces états. Après la guerre de sécession le blues désigne une musique, mais aussi un état d’esprit, une manière de vivre des noirs aux Etats-Unis, profondément lié à la ségrégation.
Techniquement, le Blues possède une structure de 12 mesures du type AAB, avec altération de certaines notes d’un demi-ton, ces altérations étant appelées blue notes. Cette définition austère est très incomplète. D’abord parce que le Blues favorise l’improvisation, l’interprète pouvant changer le rythme, la structure d’une chanson suivant sont humeur: on peut ainsi trouver des morceaux comprenant 8 ou 16 mesures. Ensuite, parce que c’est au départ une musique ethnique, le bluesman jouant un grand rôle au sein de la communauté afro-américain : il doit tout à la fois savoir chanter, composer, improviser, amuser, être virtuose de son instrument. Il est poète, chroniqueur de la vie quotidienne, mais également historien, puisqu’en récoltant des chansons traditionnels il devient gardien de la mémoire collective. Surtout, c’est un guérisseur: lorsqu’il joue, le bluesman extériorise ses peines, ses craintes, ses peurs, les exorcisants du même coup. Mais pour arriver à ce résultat, il faut à l’artiste un public réceptif, qui communique avec lui et le pousse au meilleur de lui-même.

La naissance.
Selon les ethnomusicologues, le Blues serait né vers la fin du XIXe siècle dans le delta du Mississippi. Delta est un terme impropre puisque ce n’est pas l’endroit où le Mississippi se jette dans le golfe du Mexique, mais la région à cheval sur les Etats du Mississippi, du Missouri de la Louisiane et de l’Arkansas ou de nombreuses rivières rejoignent le fleuve. Le Blues est né d’un mélange de cultures. La première qui prédomine est bien sur la culture africaine, notamment pour ce qui est des rythmes. Ce n’est pas un hasard si la batterie est seul instrument inventé par les noirs américains. Egalement présents dans le Blues les hollers ou arhoolies, ces chants a capella rythmant les travaux, ainsi que les Negros Spirituals et les Gospel Songs chantés dans les églises, lieux de réunions et de vie sociale.
A cette culture africaine s’ajoute la culture européenne. Durant l’esclavage les noirs sont en contact constant avec les maîtres blancs et avec leur musique. Le fait que de nombreux Etats sudistes fassent voter des race codes, ces lois interdisants aux esclaves de jouer de la musique de peur qu’ils ne communiquent entre eux et ne se révoltent, obligent les noirs à abandonner leurs instruments originels et à utiliser ceux des blancs : la guitare vient d’Espagne via le Mexique, le violon d’Angleterre, ce dernier plus tard supplanté par l’harmonica d’origine Allemande. Après la guerre de Sécession et la mise en place de la ségrégation, les rapports entre noirs et blancs continuent d’exister. Ainsi Jimmy Rodgers, un des pionnier de la Country Music, apprend-t-il la guitare auprès d’un noir. Inversement, le violoniste blanc Bob Wills influence des dizaines de musiciens noirs. II faut dire aussi que jusque vers la fin des années 30, les noirs qui ont la radio ne peuvent écouter dans leurs postes que des musiques blanches. WDIA, la première radio entièrement faite pour les noirs ne voit le jour qu’en 1938 à Memphis.
Autre influence sur le Blues, celle de la musique hawaiienne. Au début du siècle, les musiques venues des îles sont à la mode, symbolisant à la fois l’exotisme et le paradis. Nombres de musiciens hawaiiens effectuent ainsi des tournées dans le Sud des Etats-Unis, au sein de spectacles itinérants. Selon l’etnomusicologue Bob Brozman, par ailleurs excellent guitariste, se seraient eux qui auraient apporté aux bluesmen la technique du slide, méthode consistant à faire glisser le long du manche de la guitare un goulot de bouteille (bottleneck).
Dernière influence sur le Blues qu’on ne pense pas souvent à citer, les musiques indiennes. On sait malheureusement peu de choses sur elles, si ce n’est qu’elles ont certainement eu un rôle sur le rythme et la voix. Beaucoup d’indiens vivent dans le delta du Mississippi et se sont mélangés aux les noirs.

Fixation du Blues.
Lorsqu’on écoute les premiers enregistrements de Charley Patton en 1929, on s’aperçoit que son répertoire est très étendu. Outre des Blues on trouve aussi des thèmes traditionnels et des airs populaires. Au départ musique parmi d’autres, le Blues finit par s’imposer. Pour les spécialités, cela s’explique du fait de la ségrégation, obligeant les noirs à vivre dans des conditions très dures et les faisant choisir cette musique qui traduit bien leurs souffrances.
D’autre part, l’arrivée du disque contribue aussi à fixer cette musique. Lorsque Mamy Smith enregistre le premier Blues de l’histoire en 1920 le succès est immédiat. Des dizaines de compagnies, souvent indépendantes, partent dans le Sud pour trouver des artistes de talent. On assiste à la création des races records, ces disques destinés uniquement au public noir, avec un classement des meilleurs ventes séparé de celui des blancs. Les disques, 78 puis 45 tours obligent les musiciens à limiter la durée de leurs morceaux à 3 mn. D’autres part, leurs diffusions dans tous les Etats-Unis a pour effets d’atténuer les particularismes régionaux de cette musique.

La Diffusion.
Partant du delta du Mississippi, le blues c’est propagé au début du siècle grâce aux musiciens itinérants, suivant les grands courants migratoires des noirs vers le Sud, l’Ouest et le Nord, donnant lieu à des styles différents.
Au Texas le blues du Mississippi s’est enrichit d’influences hispaniques et notamment de la musique flamenco. C’est ce qui explique que les musiciens de cette région soient plus virtuoses que ceux du Mississippi, accordant en général plus d’importance à la mélodie qu’au rythme. Durant la seconde guerre mondiale beaucoup de musiciens texans partent sur la cote Ouest et apportent leur musique avec eux. Ce blues de la cote Ouest se distingue pourtant du blues texan par une influence supplémentaire : celle des grands orchestres de jazz des années 30. II se caractérise aussi par un son plus cool, due aux conditions de vie beaucoup moins dures. Avec la Louisiane, nous avons à faire à un cas particulier. Zone de carrefour, le Blues connaît des évolutions différentes suivant les endroits dans cet Etat. Ainsi, après la seconde guerre mondiale nait autour de Baton Rouge le swamp blues, mélange de blues texan et de blues du Mississippi, mais qui possède une identité propre. Autour de Lafayette, le Blues entre en contact avec la culture française : il en résulte le Zydeco, musique jouée à l’accordéon et souvent chantée en français ! Enfin à la Nouvelle Orléans, le Blues se mélange avec le jazz de cette ville, mais aussi avec les rythmes latino du golfe du Mexique tout proche.
Sur la cote Est des Etats-Unis le blues connaît encore une évolution différente. C’est une musique plus douce, plus virtuose, très influencée par le ragtime. Selon les ethnomusicologues, cette évolution s’explique peut-être par une ségrégation moins dure dans cette région, donnant une musique plus douce.
Enfin, sur la route qui mène dans le nord deux villes méritent une attention particulière. Memphis est la première étape pour les noirs désirant se rendre plus au Nord. Avant la seconde guerre mondiale sa scène musicale est essentiellement occupée par des orchestres de rues (string bands, jug bands). Apres 1945 les goûts du public évoluent vers une musique plus dure avec suramplification des instruments.
Chicago est l’un des buts final de cette migration vers le Nord. Avant 1945, s’y développe un blues urbain très sophistiqué, appelé Bluebird Sound. Puis à partir des 50 une musique plus dure voit le jour, du fait que beaucoup des musiciens qui jouaient à Memphis ont migré à Chicago. Selon les contextes et suivant les influences rencontrées, le blues a connu des transformations divers. Il n’y a donc pas un mais des blues. C’est cette diversité qui toute fait la richesse de cette musique, et le fait qu’elle ait influencée toutes les autres musiques du XX e siècle.

Philippe Sauret

4 Réponses to “« Bio » Robert Johnson”

  1. Ringolevio Says:

    Julio Finn, auteur de l’essai « The Bluesman » cité ci-dessus, n’est pas finlandais (!), mais musicien (harmoniciste) et écrivain afro-américain de Chicago.

  2. SpeakDoc Says:

    Très intéréssant. Où pouvons nous trouver ce film merveilleux qui en 1988 est passé aux Baumettes à Marseille. Cela semble bizzare mais depuis tout ce temps. Il lui est impossible de trouver le film ou CD. Il lui a fallu des heures de recherches pour trouver rien que son nom…………

    • Bonjour,

      il y a erreur, ce film ne date pas de 1988, mais de 2001. Il est souvent confondu avec un film fiction nommé Crossroads, avec Steve Vai et Tim Russ. Bonne chance pour le trouver, les copies sont très rares. Mais une petite recherche sur Youtube vous donnera les extraits mémorables de la battle entre Robert Johnson et « Scratch » …
      J.D

  3. salut,
    comme RJ etait plutot tres bagarreur, il est possible qu’il ai eu un altercation avec un fameux mari jaloux, RJ buvait beaucoup et son foie devait etre en mauvais etat, il etait particuliairement faible et frele, et en posant la question a plusieurs medecins et gastro enterologues, un ou plusieurx coups dans l’abdomen peu, sans aucun probleme, faire exploser le foie ou/et l’estomac, les douleurs ne venant pas tout de suite, il est possible que RJ soit mort des suites de ces coups, ceci, apres 3 a 4 jours, l’eclatement d’un foie ou d’un estomac n’est pas douloureux sur le moment (a par le coup en lui même) par contre, les douleur viennent a la longue, et sont immanquablement finalisé par la mort avec des douleur intolerables.
    une des hypotheses de la mort de RJ en 1938 de moins en moins contreversées.
    concernant l’empoisonement a la strychnine, c’est peu probable car l’intoxication à la strychnine est en général tres douloureuse mais c’est tres rapide pour en deceder, il faut 24 a 36 heures pour en mourrir, Les contractures atteignent les muscles thoraciques et le diaphragme, pouvant arrêter la ventilation sans fievre.
    C’est ce qui fait la gravité de cette intoxication, car un arrêt respiratoire dû au spasme musculaire qui va entraîner la mort…
    Quant a la mort via la syphilis, il est tres peu probable que RJ en soit victime, car la syphilis se propage de la facon lente, et les symptomes connus de la maladie n’ont pas été evoqué par ses poche, la syphilis au stade finale ne donne pas de douleur extreme au ventre, de plus la syphilis attaque le cerveau et certain organe visceraux sans douleurs chronique, de plus la syphilis en stade finale se vois souvent tres bien, des verrues, des plaques seraient apparues sur le visage ou les mains de RJ et personne n’en a parlé.
    donc je pense que la théorie d’une bagarre qui aurait mal tourné et tres probable.
    Anthony

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :